VII

Ce fut dans les montagnes séparant le Désert des Soupirs du Désert des Larmes qu’ils eurent les premières nouvelles concernant le sort des derniers Jeunes Royaumes : ils y rencontrèrent un groupe de six guerriers épuisés, conduits par Voashoon, le père de Zarozinia.

— Que s’est-il passé ? lui demanda Elric anxieusement. Où est Zarozinia ?

— Le continent entier est tombé, Elric… Quant à Zarozinia, j’ignore si elle est morte, captive ou disparue.

— Ne l’avez-vous pas cherchée ? lui dit Elric sur un ton accusateur.

Le vieil homme haussa les épaules.

— Mon fils, j’ai vu tant d’horreurs ces derniers temps que plus rien ne saurait m’émouvoir. Je ne souhaite qu’une chose : que la fin arrive vite. Le temps des hommes est écoulé. N’allez pas plus loin, car même le Désert des Larmes commence à se métamorphoser devant l’avance de la marée du Chaos. C’est sans espoir.

— Sans espoir ! Non ! Nous vivons, et Zarozinia vit peut-être encore. Ne savez-vous vraiment rien de son sort ?

— Une vague rumeur voudrait que Jagreen Lern l’ait prise à bord de son navire.

— Il a donc repris la mer ?

— Non… ces maudits vaisseaux voguent sur terre aussi bien que sur mer, s’il est encore possible de distinguer l’une de l’autre. Ce sont eux qui ont attaqué Karlaak, suivis par des hordes de cavaliers et de fantassins. La confusion est totale. Seule la mort vous attend là-bas, mon fils.

— Nous verrons. J’ai enfin une protection contre le Chaos, plus Stormbringer et mon coursier de Nihrain. Il se tourna vers ses compagnons. Alors, amis, restez-vous ici avec Voashoon ou m’accompagnez-vous au cœur du Chaos ?

— Nous vous accompagnons, dit Tristelune calmement, parlant pour eux deux. Nos sorts sont liés maintenant. Nous n’avons pas le choix.

— Bien. Adieu, Voashoon. Si vous voulez nous rendre un service, traversez le Désert des Soupirs jusqu’à Eshmir et les Royaumes Inconnus, patrie de Tristelune. Dites-leur ce qui les menace, bien qu’il soit sans doute trop tard pour les sauver.

— J’essaierai, dit Voashoon d’une voix lasse, en espérant y arriver avant le Chaos.

Elric et ses compagnons partirent pour affronter les hordes massées du Chaos, trois hommes contre les forces déchaînées des ténèbres. Trois hommes téméraires jusqu’à la folie, et pour lesquels il eût été impensable de prendre la fuite après être allés si loin. Il fallait jouer le dernier acte, que s’ensuive la nuit hurlante ou le jour serein.

La présence du Chaos ne tarda pas à se manifester. L’herbe luxuriante de cette humide contrée avait fait place à de la roche fondue qui, bien que froide, coulait avec des intentions menaçantes. Comme les coursiers de Nihrain ne galopaient pas réellement sur le plan de cette Terre, ils la franchirent sans mal, et le Bouclier du Chaos manifesta pour la première fois son efficacité en changeant de nouveau, sur son passage, le roc en herbe verte et fraîche.

Ils rencontrèrent un être vacillant qui avait encore des sortes de membres et une bouche capable de parler. La malheureuse créature leur apprit que Karlaak n’existait plus, et qu’il n’en restait qu’un tourbillon brûlant où les forces du Chaos, humaines et surnaturelles, avaient établi leur camp. Il leur donna également un détail qui intéressa particulièrement Elric : selon la rumeur, l’Ile aux Dragons de Melniboné était le seul endroit du monde connu où le Chaos n’avait pu exercer son influence.

— Si, une fois notre tâche accomplie, nous pouvons atteindre Melniboné, dit Elric à ses compagnons alors qu’ils chevauchaient de nouveau, nous pourrions nous y établir, en attendant que les Seigneurs Blancs puissent venir à notre aide. De plus, il reste des dragons somnolants dans les cavernes, si nous parvenions à les réveiller, ils pourraient nous être utiles contre Jagreen Lern.

— À quoi bon poursuivre la lutte ? dit Dyvim Slorm avec découragement. Jagreen Lern a vaincu. Nous n’avons pas accompli notre destinée. Notre rôle est achevé et le Chaos règne.

— Vraiment ? Il faut encore nous battre, et voir qui sera le plus fort. Alors seulement, nous saurons qui a vaincu.

Dyvim Slorm ne répondit rien, mais il ne paraissait guère convaincu.

Enfin, ils arrivèrent au camp du Chaos.

 

Le plus affreux cauchemar ne saurait donner une idée de la vision qui s’offrit à eux. Les gigantesques Navires de l’Enfer dominaient une étendue traversée de flammes multicolores, où des démons aux formes les plus diverses se mêlaient aux hommes. À une extrémité du camp, les beaux et maléfiques Ducs de l’Enfer conféraient avec des rois à l’aspect redoutable qui s’étaient alliés à Jagreen Lern et commençaient peut-être à le regretter. À intervalles réguliers, le sol se soulevait et craquait, engloutissant les humains assez infortunés, pour se trouver à proximité, ou faisant subir à leur corps d’indescriptibles métamorphoses. Les bruits surtout étaient affreux : aux voix humaines se mêlaient les rugissements du Chaos, les rires déchirants des démons et, souvent, les hurlements torturés d’une âme humaine qui regrettait son choix diabolique et sombrait dans l’abîme de la folie. Le vent leur apportait des relents d’une épouvantable puanteur, mélange de pourriture, de sang et de mal. Les Navires de l’Enfer survolaient lentement les hordes éparpillées sur des kilomètres, et les tentes royales, avec leurs bannières de soie, paraissaient pitoyables comparées à la puissante splendeur du Chaos. Il était souvent difficile de distinguer les hommes des créatures du Chaos, tant leurs formes avaient été changées par lui.

Sans quitter des yeux ce spectacle d’épouvante, Elric murmura à ses amis :

— Il est évident que l’influence déformante du Chaos s’accroît de plus en plus. Cela continuera jusqu’à ce que Jagreen Lern et ses alliés aient perdu tout semblant d’humanité et ne puissent plus être distingués de la matière mouvante du Chaos. Et ce sera la fin de la race humaine, à jamais…

» Oui, mes amis, mis à part nous-mêmes, vous, contemplez ce qui reste de l’humanité. Bientôt, comme tout le reste de cette fragile Terre, ils seront absorbés par les Seigneurs du Chaos, absorbés dans leur propre royaume. D’abord, ils transforment la Terre, puis ils la voleront tout entière, et elle redeviendra une boule de glaise qu’ils pourront remodeler à leur guise, qui sait de quelle façon atroce et grotesque.

— Et c’est cela que nous tentons d’éviter ! s’exclama Tristelune avec désespoir. Mais c’est impossible, Elric !

— Nous devons lutter tant que nous ne sommes pas vaincus. Je me souviens que Straasha, le Roi de la Mer, avait dit que si l’on tuait Pyaray, commandant des Navires de l’Enfer, sa flotte n’y survivrait pas. Et je n’oublie pas que ma femme est peut-être prisonnière à leur bord, ni que Jagreen Lern s’y trouve. Cela me donne trois bonnes raisons pour m’aventurer là-dedans.

— Non, Elric ! C’est du pur suicide !

— Je ne vous demande pas de m’accompagner.

— Si vous y allez, nous viendrons, mais…

— Non. Si un homme ne peut réussir, trois ne le pourront pas davantage. J’irai seul. Attendez-moi ici. Si je ne reviens pas, essayez de gagner Melniboné.

— Elric !… cria Tristelune, mais déjà l’albinos avait éperonné son coursier de Nihrain et, le Bouclier du Chaos vibrant devant lui, galopait droit vers le milieu du camp.

 

En approchant du Navire vers lequel il se dirigeait, il fut reconnu par un détachement de guerriers, qui fondirent sur lui en poussant des cris de vengeance.

L’esprit fortement ébranlé par le son, les odeurs, et les visions qui l’entouraient, Elric leur rit en plein visage.

— Juste le hors-d’œuvre qu’il fallait à ma lame avant d’attaquer ce navire ! s’écria-t-il en coupant la tête du premier comme on cueille un bouton d’or.

À l’abri de son grand bouclier rond, il faucha tout autour de lui avec ardeur. Depuis que Stormbringer avait tué les dieux prisonniers des sureaux, elle lui transmettait une vitalité pratiquement illimitée, mais chaque âme volée aux guerriers de Jagreen Lern ajoutait une goutte de vengeance dans la coupe qu’il s’était promis de remplir. Contre des hommes, il était invincible. D’un seul coup de son épée runique, il fendit un guerrier de la tête au siège, trancha sa selle et sectionna la colonne vertébrale de son cheval.

Soudain, les guerriers restants reculèrent ; Elric ressentit dans tout le corps une sensation particulière et sut qu’il était entré dans la zone où s’exerçait l’influence du Navire du Chaos, influence dont son bouclier le protégeait. Il mit pied à terre et ordonna à son coursier de Nihrain de l’attendre. Des cordes pendaient aux flancs de l’immense navire, auxquelles grimpaient de nombreuses silhouettes, parmi lesquelles il reconnut avec épouvante plusieurs hommes qu’il avait connus à Karlaak. Le navire du Chaos continuait donc à recruter son équipage parmi les morts !

Se joignant à leurs rangs fantomatiques, il avança vers le grand navire étincelant.

Enfin, il parvint à la rambarde et l’enjamba, la bouche emplie de fiel. Il traversa alors une zone de ténèbres particulièrement denses, puis mit pied sur le plus bas d’une série de ponts montant jusqu’au pont supérieur, dont il put voir les occupants : une silhouette d’apparence humaine et une sorte d’énorme pieuvre rouge sang. Le premier était vraisemblablement Jagreen Lern, et le second certainement Pyaray qui, il le savait, choisissait cette forme pour se manifester sur Terre.

Autant les navires paraissaient scintillants de loin, autant de près il put se rendre compte que leur lumière avait une qualité ténébreuse, ombre profonde traversée de rayons rouge foncé, bleu marine, jaune profond, vert soutenu et pourpre presque noir, qui s’écartaient sur son passage pour se reformer derrière lui.

Il était constamment bousculé par les cadavres mouvants, et prit garde de ne jamais regarder leurs visages, car il avait déjà reconnu plusieurs pirates qu’il avait abandonnés des années auparavant, lors de la débâcle qui avait suivi le sac d’Imrryr.

Lentement, il approchait du pont supérieur. Pyaray et le Théocrate ne semblaient pas s’être aperçus de sa présence. Sans doute se considéraient-ils à l’abri de toute attaque, maintenant qu’ils avaient conquis tout le monde connu. Souriant avec une noire malice, Elric continua à monter, prenant garde de ne pas laisser échapper le bouclier, car il savait que, sans sa protection, son corps deviendrait une monstruosité impotente ou se liquéfierait pour nourrir la matière du Chaos.

Il ne pensait plus qu’à son but, qui était de tuer Pyaray. Ensuite seulement, il s’occuperait de Jagreen Lern et, si elle était réellement là, tenterait de sauver Zarozinia.

Montant d’un pont à l’autre à travers l’étrange réseau coloré, Elric avançait, sa chevelure blanche comme le lait formant un contraste saisissant avec les ténèbres ambiantes.

 

Alors qu’il mettait enfin pied sur l’avant-dernier pont, il sentit un léger contact sur son épaule, et vit avec un sursaut d’épouvante que c’était un des tentacules rouge sang de Pyaray. Sans perdre un instant, il leva son bouclier.

L’extrémité du tentacule toucha le bouclier et se rétracta soudainement ; Elric vit que le tentacule entier était recroquevillé et comme desséché. Du pont supérieur lui parvint un terrible hurlement, à la fois aigu et caverneux.

— Qu’est-ce ? Qu’est-ce ? Qu’est-ce ?

Elric, voyant la terrible efficacité de son bouclier, cria avec une triomphale impudence :

— C’est Elric de Melniboné, grand seigneur. Je suis venu te détruire !

Un autre tentacule jaillit, tentant de contourner le bouclier, puis un autre, puis un troisième. Elric coupa net la pointe tactile du premier, vit que le second avait touché le bouclier et s’était desséché et, évitant de justesse le troisième, monta à une vitesse fantastique l’échelle menant au pont supérieur. Il y vit Jagreen Lern, les yeux écarquillés, vêtu de son habituelle armure écarlate. Du bras couvert par le bouclier, le Théocrate tenait également une hache, et de l’autre main, son épée. Il regardait ses armes avec une moue amère, se rendant compte de leur inefficacité contre celles d’Elric.

— Ton tour viendra plus tard. Théocrate, lui promit-il.

— Fou ! Tu es perdu, quoi que tu fasses !

C’était sans doute vrai, mais Elric ne s’en souciait guère.

— Écarte-toi, parvenu, lui dit Elric en avançant prudemment, le bouclier levé, vers le Seigneur du Chaos.

— Tu as tué nombre de mes cousins, Elric, dit la créature d’une voix basse et traînante. Et tu as banni plusieurs Ducs du Chaos de cette Terre. Pour tout cela, tu seras puni, car je ne te sous-estime pas, comme ils le firent sans doute.

Un tentacule jaillit et tenta de saisir Elric à la gorge. Il recula d’un pas et se protégea avec le bouclier.

Un véritable réseau de tentacules surgit alors de tous côtés, évitant soigneusement le bouclier au contact destructeur. Elric les évita à grand-peine, faisant de brusques écarts en battant l’air de son épée.

Et, tout en se battant, il se souvint du dernier message de Straasha :

Frappe le cristal bleu au sommet de sa tête. Là se trouvent sa vie et son âme.

Elric vit alors clairement le cristal rayonnant et bleu, qu’il avait jusqu’alors pris pour un des nombreux yeux de Pyaray.

Il s’avança vers la racine des tentacules, laissant son dos sans protection, mais c’était inévitable. Il vit alors une gueule béante s’ouvrir dans la tête de la chose. Se refermant derrière lui, les tentacules commencèrent à l’attirer vers elle. Il brandit son bouclier devant l’innommable bouche, et eut la satisfaction de voir le Seigneur du Chaos hurler de douleur en crachant des monceaux d’une sorte de gelée jaunâtre.

Posant son pied sur la base d’un des tentacules, il se hissa sur la masse visqueuse et glissante. Chaque fois que le bouclier la touchait, il infligeait quelque blessure au Seigneur du Chaos qui commença à s’agiter de façon terrifiante en battant l’air de ses tentacules. Enfin, Elric arriva au-dessus du lumineux cristal bleu contenant l’âme de la créature. Il s’immobilisa un instant, puis, de toutes ses forces, y plongea Stormbringer jusqu’à la garde !

Le cœur de l’entité, et son corps entier, furent secoués de spasmes terribles, et elle laissa échapper un monstrueux glapissement. Au même moment, Elric poussant un cri de douleur, car Stormbringer venait de boire l’âme du Seigneur de l’Enfer et lui en avait transmis la tumultueuse et virulente vitalité. C’était trop fort. Il fut violemment projeté en arrière.

Perdant prise, il glissa sur le dos visqueux et tomba sur un autre pont, près de trente mètres plus bas, avec une violence à vous briser les os, mais se releva indemne grâce à l’immense vitalité qui l’abritait. Il se leva d’un bond, prêt à remonter jusqu’à Jagreen Lern.

Tout en haut, le visage anxieux du Théocrate se pencha vers Elric, et il lui cria :

— Dans cette cabine, là-bas, il y a un cadeau pour toi, Elric !

Partagé entre la curiosité et le désir d’en finir avec le Théocrate, Elric se retourna et ouvrit la porte. Dans la cabine, un sanglot déchirant se fit entendre.

— Zarozinia ! s’écria-t-il.

Lorsque ses yeux se furent accoutumés à l’obscurité, il la vit…

Son adorable corps avait subi un changement atroce et avait pris la forme d’un énorme ver blanc. Seule sa tête, sa belle et merveilleuse tête, n’avait pas changé.

D’horreur, Elric faillit laisser tomber le bouclier.

— C’est Jagreen Lern qui a fait cela ?

— Jagreen Lern et son allié, oui, dit la tête.

Sa nausée était telle qu’il se détourna de cette vision atroce.

— Oh ! Jagreen Lern, gronda-t-il entre ses dents serrées, cela, tu me le paieras.

Ce moment d’inattention de la part d’Elric avait suffi au corps horriblement déformé pour se glisser jusqu’à lui et venir s’empaler sur son épée.

— Voilà ! cria la tête avec une exultation démente. Accueille mon âme en toi, Elric, car autrement je ne suis plus d’aucune utilité ! Prends mon âme et nous serons à jamais unis !

Il tenta de retirer l’avide lame runique, mais ce fut impossible. Et, avec une douceur et une chaleur sans précédent, l’âme de sa femme se fondit en la sienne, et il pleura.

— Oh ! sanglota-t-il, oh, Zarozinia, oh, mon amour !

 

Ainsi mourut Zarozinia, en lui donnant son âme, de même que, des années auparavant, était morte son premier amour, Cymoril. Il ne regarda pas le ver immonde, ne jeta pas un coup d’œil sur son visage, et sortit de la cabine d’un pas lent.

Déjà le pont se désintégrait, se liquéfiait. Jagreen Lern avait évidemment réussi à se sauver et Elric ne se sentait pas en humeur de le poursuivre. L’épée et le bouclier l’aidant chacun à sa façon, il sauta du navire désagrégé sur le sol agité de pulsations, et courut vers son coursier de Nihrain.

Puis, les larmes coulant à flots sur son visage blanc et émacié, il sortit du camp du Chaos en un galop effréné, laissant les Navires de l’Enfer s’écrouler derrière lui. Ceux-là ne menaceraient plus le monde, et un coup avait enfin été porté au Chaos. Mais il fallait encore se débarrasser des hordes.

Il rejoignit ses amis en silence, et en silence les précéda sur une terre agitée de soubresauts, vers Melniboné, l’île de ses ancêtres, dernier bastion contre le Chaos, où devait se livrer la dernière bataille et où sa destinée trouverait son accomplissement.

Et, tandis qu’il chevauchait à un train d’enfer, il lui sembla entendre dans son esprit la voix juvénile de Zarozinia lui murmurer des paroles de réconfort.

Stormbringer
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